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Le groupe statuaire de Béziers




© J.-F. Peiré
© J.-F. Peiré
En avril 1844, au coeur de la ville de Béziers, dans le département de l’Hérault, la maison de monsieur Gasc, située dans le secteur du forum antique de la ville, est le théâtre d’une découverte archéologique exceptionnelle : dix têtes en marbre sont retirées du sol en quelques jours.
L’heureux propriétaire refuse les propositions d’achat des sociétés savantes de Béziers, de Narbonne et de Montpellier et décide de les vendre à la jeune Société archéologique du Midi de la France, installée à Toulouse. C’est ainsi que ces oeuvres viennent compléter, dès 1845, la collection déjà très riche des portraits du musée de Toulouse.
À l’origine, il ne s’agissait pas de bustes mais de statues en pied. Ce groupe statuaire devait être encore plus important à l’époque.
Exposé sur le forum, la grande place publique de l’antique Béziers, il s’est constitué tout au long des règnes d’Auguste et de Tibère, au Ier siècle de notre ère, par apports successifs. L’excellente conservation du marbre permet d’imaginer les statues à l’intérieur d’un édifice et non sur la place elle-même. L’arrière des têtes est peu détaillé ce qui laisse supposer qu’elles étaient présentées dans des niches et que l’on ne pouvait pas en faire le tour.

Le plus ancien de ces portraits est celui d’Octave-Auguste, présenté aujourd’hui au centre du groupe, comme il l’était probablement à l’époque.
En se faisant représenter entouré de ses proches, à Rome et sur les forums des cités provinciales, Auguste veut affirmer sa volonté de voir régner sa descendance. Cette volonté sera perpétuée par ses héritiers. Mais les complots, les assassinats, les duplicités et les manigances ont donné de la famille julio-claudienne une image trouble. Vers 12 ou 11 avant notre ère, le portrait d’Octave-Auguste est rejoint sur le forum par l’effigie d’Agrippa, aujourd’hui à droite, général et gendre d’Auguste, son compagnon le plus proche.

En même temps, Julie, épouse d’Agrippa et fille de l’empereur, est associée au groupe. Elle est coiffée du nodus agencé au dessus du front, caractéristique du dernier tiers du Ier siècle avant notre ère.

À côté, se trouve Agrippa Postumus, fils de Julie et d’Agrippa. Comme l’indique son nom, Agrippa Postumus est né après la mort de son père. À Béziers, il faut très certainement imaginer les quatre autres petits-enfants de l’empereur Auguste. Agrippa Postumus devait donc côtoyer ses frères, Caius et Lucius, surnommés les « Princes de la Jeunesse », qu’Auguste avait choisis comme successeurs mais qui décédèrent prématurément, ainsi que leurs deux soeurs, Agrippine l’Ancienne et Julie II.

Si Julie II n’est pas présente, en revanche, le portrait de fillette, à l’extrême droite, serait peut-être Agrippine l’Ancienne, qui épousera Germanicus, dont le portrait est le deuxième du groupe en partant de la gauche. La coiffure de la fillette, est proche de celle de sa mère, Julie, avec son nodus frontal prolongé d’une natte.

© J.-F. Peiré
© J.-F. Peiré
Un quart de siècle plus tard, entre 14 et 23 de notre ère, une autre série de portraits apparaît : voici donc Tibère, le nouvel empereur, fils de Livie, né du premier mariage de l’impératrice. En 14 de notre ère, Tibère laisse mourir de faim Julie, à qui il avait été marié de force après la mort d’Agrippa. La même année, Agrippa Postumus, fils de Julie et d’Agrippa, est exilé et assassiné. À Béziers, Tibère est accompagné des nouveaux princes héritiers de l’Empire : immédiatement à gauche, son neveu, Germanicus.
À partir de 4 de notre ère, année de la mort du dernier petit-fils d’Auguste, Caius César, Germanicus et Tibère sont adoptés par Auguste qui fait d’eux ses successeurs potentiels. Germanicus est aussi adopté par Tibère et lui aurait succédé s’il n’était mort avant lui.

À l’extrême gauche, se trouve le fils de Tibère, Drusus le Jeune. Né d’un premier mariage, il resta le seul successeur désigné de son père à la tête de l’Empire après la mort de Germanicus. Il fut néanmoins retrouvé assassiné avant la mort de son père.

À cette même époque, deux autres statues ont probablement rejoint le groupe : celles de Livie et de sa belle-fille Antonia Minor.
Livie, troisième épouse d’Auguste et mère de Tibère, est caractérisée par sa coiffure divisée en deux vagues ramenées vers un chignon bas. Cette coiffure rappelle celle des déesses grecques. Elle n’apparaît, sur les portraits de l’impératrice, qu’après la mort d’Auguste lorsque Livie devient prêtresse du culte d’Auguste, devenu un dieu que l’on vénérait au même titre que les autres divinités du panthéon. Antonia Minor est l’épouse de Drusus l’Ancien, le second fils de Livie, et une petite-nièce d’Auguste. L’arrière de la tête d’Antonia semble avoir été voilé. Elle aurait donc été représentée en prêtresse du culte d’Auguste divinisé, une charge qu’elle reprit à la mort de Livie, en 29 de notre ère.

© J.-F. Peiré
© J.-F. Peiré
Cette tête est l’un des plus anciens portraits d’Octave, petit-neveu et héritier de Jules César.
Il sera l’instigateur d’une transformation de la vieille République romaine en régime impérial et prendra le nom d’Auguste.
Ce surnom véhiculait une notion d’éminence, de modèle et d’autorité. Le type physique est ici celui d’un homme qui impose sa puissance militaire et politique, après avoir vengé la mort de son aïeul Jules César.
Il est jeune et la frange aux longues mèches obliques rappelle l’homme d’action et semble renvoyer aux portraits grecs d’Alexandre le Grand. Si on observe bien la tête de profil, on comprend qu’il a d’abord été représenté la tête voilée, la toge ramenée sur le crâne. On se couvrait la tête lors des cérémonies religieuses ; par conséquent, la sculpture pourrait être mise en relation avec la cérémonie de fondation de Béziers, vers 36-35 avant notre ère, que l’on attribue à Octave.
En 27 avant notre ère, Octave devient Auguste, donc empereur. Quelques années plus tard, son portrait, sur le forum de Béziers n’a plus besoin d’être couvert car il apparaît peut-être désormais comme le fondateur d’une dynastie plus que comme le créateur d’une cité coloniale. L’arrière de la tête est alors maladroitement retaillé pour figurer les cheveux et donner du nouvel empereur une représentation civile et politique et non plus seulement religieuse.

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